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La Franc-Maçonnerie, le socialisme et le peuple
18 mai 2025 Jean Saunier HISTOIRE, RIPOSTE LAIQUE 16
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La Franc-Maçonnerie se vante d’incarner le socialisme en même temps que la République. C’est là un double mensonge.
En vérité, la Maçonnerie a fait de la République le plus égoïste des syndicats et le plus fermé des monopoles. Elle absorbe le mouvement socialiste dont elle redoute la réalité du social.
Si les ouvriers et les employés avaient à leur tête des chefs honnêtes et incorruptibles, ils finiraient tôt ou tard par secouer le joug qui les tient enchaînés depuis la Révolution dite française, Révolution maçonnique faite par et pour la bourgeoisie, notamment la haute bourgeoisie.
Que deviendraient alors les politiciens des Loges ? Où serait leur clientèle ? Qui voterait désormais pour eux ?
Les vrais sentiments de la Franc-Maçonnerie pour la classe ouvrière sont des sentiments de méfiance et de mépris. Nous retrouvons ces sentiments exprimés dans la Constitution même du Grand Orient. L’article Ier de cette Constitution proclame que la Franc-Maçonnerie est « une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive ».
Mais l’article 8 nous apprend que pour être franc-maçon, il est indispensable, sinon d’avoir pignon sur rue, au moins d’avoir le porte-monnaie convenablement garni. Il dit expressément :
« Nul ne peut être admis à l’initiation et jouir des droits attachés au titre de franc-maçon : … s’il n’a des moyens d’existence honorables et suffisants ».
Sous l’ostentation d’altruisme à laquelle les naïfs se laissent prendre, se cachent l’hypocrisie et la fausseté.
Dans l’instruction du Chevalier illuminé ou écossais, Adam Weishaupt, théologien et essayiste allemand, fondateur des Illuminés de Bavière, (1748-1830), s’exprime ainsi :
« Dans chaque ville un peu considérable, les chapitres secrets établiront des loges maçonniques des trois grades ordinaires. Ils feront recevoir dans ces loges des hommes de bonnes mœurs, jouissant de la considération publique ET D’UNE FORTUNE AISÉE. Ces hommes-là doivent être recherchés et reçus francs-maçons, quand même ils ne devraient pas être utiles à l’Illuminisme pour nos travaux ultérieurs. »
Dans le chapitre des exclusions des hauts grades, Adam Weishaupt déclare :
« Laissez-moi là les brutes, les grossiers et les imbéciles à qui il ne faut pas le dire, parce qu’on peut tirer quelque avantage de leur sottise. Sans avoir de l’esprit, ILS ONT AU MOINS DES ÉCUS.
Ce sont de bonnes gens que ces gens-là, et il nous en faut. CES BONNES GENS FONT NOMBRE ET REMPLISSENT LA CAISSE ; mettez-vous donc à l’oeuvre ; il faut bien que ces messieurs mordent à l’hameçon ; mais gardons-nous bien de leur dire nos secrets. Ces sortes de gens doivent toujours être persuadés que le grade qu’ils ont est le dernier ».
Tout l’art du mensonge en Franc-Maçonnerie. Un mensonge enrobé de friandises et d’enluminures. Pour parvenir à leurs fins, pour museler leurs adversaires, pour enchaîner le peuple, pour bâillonner l’opposition, les Francs-Maçons utilisent le mot de Voltaire dans sa lettre à Thiriot du 21 Octobre 1736 : « Le mensonge n’est un vice que quand il fait mal. C’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai un jour ».
Goebbels reprendra cette citation : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ; plus le mensonge est gros, plus il passe ».
Les choses ont-elles changé depuis Adam Weishaupt ?
Pierre Riel, marquis de Beurnonville, général d’Empire, maréchal de France sous la Restauration, franc-maçon initié à l’âge de 22 ans, (1752-1821), ordonne :
« N’introduisez jamais dans l’Ordre que des hommes qui peuvent vous présenter la main et non vous la tendre ».
Pour Jean-Marie Ragon, franc-maçon, auteur et éditeur français (1781-1862), la pauvreté, c’est « la lèpre hideuse de la Maçonnerie en France ».
Pour Etienne-François Bazot, Rose-Croix et franc-maçon (1782-184?), le pauvre, le Maçon qui tend la main, est un « génie malfaisant » qui vous obsède partout et à toute heure.
« Rien ne peut vous soustraire à son importunité, et son insolence ne connaît ni bornes, ni obstacles. Il est à votre lever, au moment de vos affaires, à votre repas, à votre sortie. Mieux vaudrait rencontrer sa main armée d’un poignard ; vous pourriez du moins opposer le courage au glaive assassin ».
Dans la Franc-Maçonnerie, le mépris du pauvre va jusqu’à la haine. Sur ce point, comme en tout, les Loges ont pris le contre-pied de la doctrine de l’Eglise, elle haït les humbles et les petits aussi violemment que le Christ les a aimés.
Chaque franc-maçon pris isolément ne pense pas ainsi. Beaucoup de francs-maçons sont des êtres naturellement bons et généreux, notamment dans les bas grades. Mais l’esprit collectif, l’esprit officiel de la secte est un esprit foncièrement égoïste.
Quand Louis Lucipia journaliste et homme politique français, franc-maçon, président du Grand Orient de France (1843-1904), vante « la doctrine maçonnique de l’altruisme », il se moque du monde.
En effet, l’altruisme maçonnique est un mythe : il n’a jamais existé. Les francs-maçons n’ont pour principe de n’aider que leurs frères. Les profanes leur restent toujours indifférents, même ceux qui sont tout près d’eux pour la doctrine. En vain, les profanes font des appels réitérés au tronc de la Veuve ; le tronc reste hermétiquement et impitoyablement clos.
Dans Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, le frère Jean-Marie Ragon déclare : « La Bienfaisance n’est pas le but, mais seulement un des caractères, et des moins essentiels de la Maçonnerie ».
Les professions les plus représentées en Franc-Maçonnerie sont les médecins, les avocats, les professeurs, les militaires et les policiers.
Les taxes et les cotisations ferment les portes des Loges aux ouvriers et employés. La grande raison de cet ostracisme est l’ignorance du peuple, l’insuffisance de son éducation, qui ne lui permettent pas de partager les travaux d’une société comme la Franc-Maçonnerie. Autrement dit, le dédain d’intellectuels, dont les adeptes sont généralement recrutés dans les milieux peu cultivés de la petite bourgeoisie.
Les gros mandarins redoutent la perspicacité et l’intelligence native de l’ouvrier et refusent de lui ouvrir ses portes. Ils enrôlent un petit noyau d’hommes peu éclairés qu’ils éblouissent par de grands mots creux et par de grands gestes vagues, qu’ils affolent par des rites et des symboles dont ces malheureux sont hors d’état de comprendre la signification réelle, et qu’ils manœuvrent au doigt et à l’œil, comme un caporal manœuvre des recrues.
L’ouvrier des champs et l’ouvrier des villes manquent peut-être d’instruction, mais leur solide bon sens leur permettrait bien vite de voir clair et de deviner, à travers toutes les singeries et les fantasmagories, le véritable secret des bonzes encore plus hypocrites que ridicules qui figurent au Grand Orient de France et à la Grande Loge de France.
Ces gens-là, s’ils assistaient à une « tenue » quelconque, et observaient le spectacle des cérémonies grotesques qui s’étalent sous leurs yeux, éclateraient de rire en chœur, et s’exclameraient : « On vous connaît, beaux masques. Ce que vous voulez, ce sont nos voix. »
En effet, les maçons bourgeois en veulent avant tout au bulletin de vote du travailleur. Ils entendent que l’ouvrier leur donne ce bulletin de vote en toute confiance et sans demander d’explications. La tactique des exploiteurs du prolétariat n’a pas varié.
Autrefois, les politiciens suggéraient à l’ouvrier : « Dresse les barricades, fais-toi fusiller dans la rue pour que nous devenions sénateurs, députés et ministres ».
Aujourd’hui, ils ne demandent plus qu’on élève des barricades. Ils exigent seulement que l’on continue à voter aveuglément pour eux, malgré tous leurs parjures.
Si le peuple pouvait assister à la nauséabonde cuisine qui se fait dans les Loges, il en serait vite dégoûté. C’est pour cela qu’on ne l’a jamais admis et qu’on ne l’admettra jamais, à voir la « lumière du troisième appartement ». Tout au plus permet-on qu’il stationne de temps à autre dans l’antichambre.
Ainsi, les Pontifes maçonniques voient d’un œil satisfait l’affiliation des ouvriers aux Ligues de la Libre Pensée, aux associations anticléricales, aux syndicats, et autres groupements similaires, que la Maçonnerie honore de sa haute approbation morale, sans toutefois les encourager de ses subsides. Que le peuple paie et vote, c’est bien assez bon pour lui.
A la fin du XIXe siècle, la Franc-Maçonnerie s’inquiéta sérieusement de la poussée socialiste, qui semblait entraîner le quatrième Etat vers de nouvelles destinées. Elle eut peur que le peuple, las des éternels mensonges de ses exploiteurs, ne lui échappât définitivement.
Au Concert de 1893, Edmond Benoît-Lévy, avocat franc-maçon (1858-1927), flaira le danger que courait la bourgeoisie maçonnique d’être abandonnée par ses troupes. En même temps qu’il signalait le péril, il indiquait le moyen de le conjurer :
« Il y a une éducation sociale à faire ; l’esprit public est imbu d’une foule de préjugés et cède à toutes les suggestions ; toute réforme ne repose que sur l’ordre, le travail, la diffusion des vérités scientifiques et sociologiques ; C’EST À LA MAÇONNERIE À FAIRE CETTE ÉDUCATION, c’est à nous qu’il appartient d’y concourir ».
Louis-Sébastien Mercier, écrivain franc-maçon de la Loge des Neuf Sœurs (1740-1814), résuma les débats sur ce point, traduisit l’opinion de tous, et déclara :
« Au point de vue des explications données par notre Frère président, nous avons cru depuis devoir indiquer certains points de façon à prouver qu’il est absolument nécessaire et indispensable qu’il y ait un coup de gouvernail plus net donné du côté des questions sociales, de façon à montrer que la Maçonnerie n’a pas peur du socialisme, au contraire.
Nous avons cru qu’il importait, à côté du socialisme révolutionnaire, d’établir le socialisme maçonnique ; que nous prenions d’une façon plus nette la tête de ce mouvement, CAR NOUS SOMMES AUJOURD’HUI COMME JADIS L’ÉTAT-MAJOR DU PARTI RÉPUBLICAIN ».
Tout le succès de la politique maçonnique tient dans cet aveu d’une cynique naïveté. La Franc-Maçonnerie sera tout ce qu’on voudra, pourvu qu’elle continue à rester l’état-major, l’oligarchie qui dirige et qui profite. Opportuniste, puis radicale, elle arrive au socialisme dominant. Une seule chose lui importe, qu’elle soit, aujourd’hui comme hier, et demain comme aujourd’hui, du côté du manche, ou plutôt, que ce soit elle qui tienne ce manche.
La politique maçonnique et la politique socialiste se confondent. Après 1893, et sous les auspices de Edmond Benoît-Lévy et de Louis-Sébastien Merchier, la Maçonnerie institue le socialisme maçonnique à côté du socialisme révolutionnaire. Il en sera de même pendant tout le XXe siècle, et jusqu’à aujourd’hui.
Le 26 septembre 1896, Jules Dequaire, inspecteur d’Académie, franc-maçon (1857-1906), lors de son discours en tant que président du Convent, déclare :
« Elle (la Franc-Maçonnerie) veut organiser le socialisme pratique, CANALISER les revendications sociales, leur imprimer la direction qui fera surgir de ces revendications l’évangile de demain ».
« Canaliser les revendications sociales », c’est-à-dire acheminer, capter, orienter les doléances, les réclamations, les exigences sociales, pour mieux les bloquer, les brider, les étouffer, les juguler.
Dans leurs innombrables articles, dans leurs discours, dans leurs conférences, les francs-maçons n’ont jamais fait la moindre allusion à cette déclaration de Jules Dequaire qui ne laisse planer aucun doute sur le but que poursuit la Maçonnerie en adoptant le socialisme : anesthésier, chloroformer, endormir le peuple par des expédients et de fausses promesses pour mieux le rassurer et ainsi l’apaiser, le calmer.
Et depuis longtemps, la Franc-Maçonnerie n’a rien à craindre du socialisme. Le socialisme n’a de social que le nom, le socialisme est l’allié du capitalisme financier, du capitalisme de connivence. Bien sûr, des lois sociales ont amélioré les conditions de vie et de travail des ouvriers, dans un contexte favorable, pour répondre à une nécessité, mais le socialisme et la Franc-Maçonnerie restaient très éloignés du monde laborieux. Depuis les années 1980, la gauche dite sociale a abandonné les ouvriers, délaissé le peuple, évacué le social, au profit des migrants dont elle se sert pour semer le chaos et détruire la France.
Les ouvriers, les employés, les gens du peuple, ont l’intelligence vive et pénétrante, mais ils ont aussi un grand fond de naïveté. Ce sont des êtres en dehors, des êtres de loyauté qui ne peuvent pas se déterminer à croire à la mauvaise foi d’autrui.
L’éloquence creuse, mais sonore et pompeuse des francs-maçons et des socialistes, souvent les mêmes, les hypnotise. Ils écoutent les belles phrases déclamatoires et sont « canalisés », aiguillés et orientés dans la direction voulue. Ainsi, en ce XXIe siècle, la direction voulue, c’est le LGBTisme, le globalisme, le mondialisme, l’européisme, le transhumanisme, la surveillance et le contrôle, la vaccination, l’écologisme… tout cela pour le bien de l’humanité.
Aujourd’hui, par prudence et dissimulation, les francs-maçons ne tiennent plus de tels propos méprisants et condescendants envers le peuple, mais l’esprit hautain et dédaigneux de la Franc-Maçonnerie reste le même, particulièrement dans les hauts grades.
Jean Saunier